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Traversée de Madagascar à l’Afrique du Sud

Un passage en 2 étapes, exigeant et palpitant, et avec quelques surprises ! Cette fois, nous avons goûté à ce qui a bâti la réputation de L’Océan Indien !

La route parcourue par C.Coquin, de Madagascar vers l’Afrique du Sud

Départ – 26 octobre 2019 à 9:30h (UTC+3), Baie de Baly, Madagascar
Étape 1 – Arrivée – 31 octobre à 16:00h, Bazaruto, Mozambique / Départ – 2 novembre à 7:30h
Arrivée – 6 novembre à 7:00h (UTC+2), Richards Bay, Afrique du Sud
Distance – 1 265 milles nautiques

Nous étions à l’ancrage dans la baie de Baly dès le 24 octobre, en attente d’une bonne fenêtre météo pour la traversée vers l’Afrique du Sud. Beaucoup d’heures de lecture, autant à partir de guides publiés et recommandés que sur différents sites internet tel Noonsite et blogues où l’on retrouve les récits de navigateurs, furent nécessaires afin de nous préparer à cette traversée car elle est réputée pour ses conditions parfois difficiles, voire extrêmes. Les récits de démâtage et autres avaries sévères sont nombreux ! Alors, une bonne préparation aida à calmer nos appréhensions bien légitimes (celles du capitaine surtout !). Et Claude surveillait plus étroitement les prévisions météo depuis plusieurs jours dans l’optique d’une traversée imminente.

Mais en soirée le 25, nous sommes vite déçus par les conditions vraiment peu agréables à l’ancrage, un vent N.-E soufflant directement dans la baie et apportant avec lui des vagues et un ressac important vers la fin de l’après-midi et jusqu’à tard en soirée. Avec le ressac, le bateau se met à «rouler» passablement, ce qui devient vite très inconfortable. Levé très tôt le 26 octobre au matin, Claude consulte les prévisions qui indiquent une fenêtre météo relativement acceptable si le départ se fait ce même jour, sinon le délai s’allonge de plus d’une semaine avant la prochaine fenêtre météo favorable. Cette perspective ne nous plaisant pas beaucoup, surtout qu’aucun ravitaillement n’est possible dans cette baie, la décision est donc prise, après quelques heures de tergiversation, de partir ce 26 octobre, même si la traversée semble un peu difficile au départ (vent dans le nez mais annoncé à moins de 10 noeuds (KN) et une mer montante. Notre planificateur de routes FastSea nous donne quelques routes dont une somme toute intéressante dans des conditions qui nous semblent acceptables, soit le trajet traversant d’abord direction O.-N.-O puis direction sud lorsqu’on rejoint la ligne de courant, de l’autre côté du détroit du Mozambique. Alors Let’s Go, on lève l’ancre à 9:00h, après avoir avisé nos amis navigateurs … « Quoi ? Déjà ? Vous êtes certains, dans les conditions annoncées ? » Et oui, quand on prêt, on est prêt !!

Première Étape de la traversée

Sortir et avancer hors de la baie nous prend au moins 2 bonnes heures, on prend le vent N.-O. directement dans le pif et il monte jusqu’à 20 KN ! Après quelques 10 milles nautiques (MN) de la côte, nous prenons la direction O.-N.-O afin d’améliorer un peu l’angle au vent. Cette première journée se fera donc à moteur, avec de petites vagues rapprochées du N.-E., houle du nord de moins d’un mètre, et à contre-courant par moments. À hauteur de Cap St-André, dans environ 25 mètres d’eau, nous croisons plusieurs bateaux de pêche. Le vent et les vagues diminuent de plus en plus durant la nuit.

27 octobre – À 8h50 et après 116 milles nautiques (MN), on peut éteindre le moteur … enfin ! Direction 245˚T, un vent nord de 6-9 KN nous permet de déployer le génois et atteindre une vitesse d’environ 4 KN. Nous atteignons une «rivière de courant» durant la nuit du 28 ( S16˚42’00/E42˚02’00) et la vitesse du bateau augmente miraculeusement à 6 KN !!! Ceci nous permettra d’avaler 146 MN lors de cette seconde journée.

Nous débutons la journée du 28 octobre avec le spi asymétrique mais devons l’enlever quelques heures plus tard, le vent direction N.-N.-E., largue et tribord amure, forcit autour de 12 KN avec rafales à 20KN. Nous surveillons plus souvent les prévisions météo car on y annonce un «train de vagues» de 2 mètres de hauteur en moyenne, accompagnant un système venteux à 20 KN et plus. Celui-ci nous rejoindra finalement en soirée et nous composerons avec des vagues de 3 à 4 mètres arrivant grand largue et des vents soufflant du nord à près de 30 KN avec rafales à 38 KN durant toute la nuit. Mais avec 2 ris dans la grand-voile et un génois coupé au 1/3, C.Coquin se manoeuvre très bien. Nous accumulerons ainsi 154 MN lors de cette troisième journée.

Notre journée défi sera celle 29 octobre. «Tsé, quand y a rien qui adonne» !!! Un peu trop déporté à l’est par le courant, on devra changer deux fois de direction au cours de la journée afin de nous diriger vers l’ouest et composer avec un vent du nord de 15 à 30 KN, passant rapidement au N.-O., des vagues direction nord-est de plus de 3 mètres aux 6-7 secondes, le bateau direction sud-ouest et un contre-courant qui réduit beaucoup notre vitesse. En fin d’après-midi, une forte vague viendra nous frapper par l’arrière, soulevant violemment le bateau … avec le résultat qu’une bouteille d’huile végétale (pleine bien sûr !!) se répandra partout dans le carré … quel plaisir à ramasser le dégât !! Le vent et les vagues diminueront enfin durant la nuit, à tel point qu’il faudra partir le moteur pour réussir à avancer un peu. Cette journée éprouvante ne nous avancera finalement que de 119 MN. .

Un léger vent S.-E. se lève vers 6:00h le 30 octobre et les vagues elles aussi direction S.-E. sont maintenant de moins de un mètre. Et enfin, le courant adonne ! Il nous reste moins de 200 MN à faire que nous parcourrons en alternance voile et moteur jusqu’ à l’entrée nord de l’île de Bazaruto. Et nous avons la chance de recevoir un visiteur … Un petit oiseau se pose dans le cockpit puis s’invite dans le carré ! Louise sort l’appareil afin de croquer cette scène cocasse

Un oiseau s’invite à bord !

Le 31 octobre autour de 11:00, le passage au nord de l’île de Bazaruto se fait sans crainte, bien qu’il soit tortueux et avec peu de marge de manoeuvre. Encore une fois, nous pouvons apprécier l’utilité et la précision de la carte de notre traceur. Le passage se fait donc sans encombre, et l’ancre est posée à 16:00h, à un endroit suggéré dans un guide de navigation, situé sur la côte intérieure de l’île et environ à sa mi-hauteur. Un autre voilier s’y trouve aussi (Althea, USA), et deux autres voiliers nous rejoindront au cours de la journée suivante, dont un que nous connaissons, Spill The Wine (STW), un autre voilier américain, avec Chris et Claire Gabrielle à son bord.

Seconde Étape

Le 1er novembre, la journée est maussade et venteuse. Comme les gribs reçus ne favorisent pas un départ vers Richards Bay pour les prochains jours, nous profitons de cette première journée pour nous reposer et faire les petites réparations et nettoyage habituels après une traversée.

Mais surprise, le matin du 2, STW passe tout près du bateau et son capitaine nous informe de leur départ vers Richards Bay, ne voulant pas passer plus de temps ici sans possibilité de s’approvisionner, ni en nourriture ni en diesel. Chris nous mentionne que s’il retarde son départ, plusieurs jours d’attente sont à prévoir avant une autre fenêtre de vent favorable. Claude révise ses gribs, et hop ! on change nos plans, et on décide de lever l’ancre nous aussi ! Effectivement, les gribs consultés montrent que les prochains jours semblent pires et comme nous n’avions pas l’intention de faire une entrée au Mozambique, la perspective de rester ancrés ici longtemps ne nous plaît absolument pas ! Alors, départ le long de la côte intérieure vers le passage au sud de l’île qui nous ramènera dans le Détroit du Mozambique. Et quel passage ce sera !!! La marée est descendante, le passage est à certains endroits très serré et nous voyons plus d’une fois moins d’un pied affiché sur le profondimètre. Nous avions pris les points GPS fournis par un navigateur dans son récit de traversée, mais comme les fonds de sable sont très mouvants à cet endroit, il y avait quelques différences importantes de profondeur !! Prenant enfin la direction ouest à la fin du passage, nous recevons de grosses vagues venant de l’est … ça brasse en ta.. !! Une chance, nous avons le courant avec nous et il est important, ce qui fait qu,on garde une très bonne vitesse de sortie. Éloignés à environ 10 MN de la côte, nous virons vers le sud et les conditions seront parfaites pour le reste de la journée et la nuit qui suivra. Nous réussissons à faire 139 MN au total dans cette première journée de la seconde étape.

Très tôt le matin du 3 novembre, on ouvre la radio pour avoir des nouvelles de Spill The Wine et de tous les bateaux en route comme nous depuis la baie de Baly pour Richards Bay, mais partis quelques jours après nous. On peut ainsi entendre les positions et conditions de plus de 10 autres voiliers et catamarans … Ça en fait des amis !!! Nous les aurons d’ailleurs chaque matin à la radio jusqu’à notre arrivée à Richards Bay. Eux s’arrêteront comme nous lavons fait à Bazaruto.

Les journées du 3 et du 4 novembre sont magnifiques. Nous poursuivons notre route maintenant au 225˚T, avec un vent N.-E. faiblissant graduellement de 12 KN à 3 KN, et nous aurons besoin du moteur vers 3:00h dans la nuit du 4 novembre. Un bon courant constant vers le sud-est nous oblige à corriger car il nous pousse au large. Nous parcourrons 264 MN au total durant les jours 2 et 3 de cette traversée, et nous perdrons de vue STW qui, beaucoup plus long, va bien plus vite que nous. Mais le charme se brise dans la nuit du 5 novembre, le régulateur d’allure perd littéralement le nord (encore !). En fait, il a perdu son nord électronique !!! Mais on ne sait pas encore que c’est la cause du problème. Le bateau a viré face au vent, le régulateur sonne et décroche , et en pleine nuit, on y voit rien alors Claude croit d’abord que le safran a lâché et que le bateau n’est plus manœuvrable. Après vérification, rien de semble brisé et on finit par réaliser que le régulateur n’indique pas la même direction que la vraie boussole sur la console et le bateau est «tout de travers» sur le traceur … mais sur l’écran, la trace laissée par le bateau est dans la bonne direction. Comme ce n’est pas la première fois que cela se produit, on est pas trop étonnés ! Mais pour corriger, il faudrait faire deux grands ronds en 2 minutes environ, ce qui est absolument impossible à réaliser dans les conditions actuelles et c’est malheureusement la SEULE façon de corriger le problème. Alors, on se met à la barre et chacun prendra la conduite en alternance jusqu’à l’arrivée à Richards Bay. Il reste encore plus de 150 MN à parcourir et les conditions sont sportives gros vent, grosses vagues et gros courant !

La journée du 5 sera nuageuse, et avec une direction au 220˚T, un vent soufflant maintenant du S.-E. à 10-11 KN, on roule à 5-6 KN. Le courant est toujours très fort et avec les vagues arrière qui grossissent et ont tendance à nous faire valser, il est très difficile de garder le cap sans empanner. C’est à ce moment que nous apprécions l’efficacité du système «anti-empannage» installé en Thaïlande. Ce système empêche l’empannage involontaire en gardant la bôme de grand-voile toujours du même côté, même quand le vent entre à l’envers de la voile ! En soirée, un oiseau s’installe dans le cockpit après avoir passé quelques heures sous le radeau de survie, un peu à l’abri du vent. J’installe l’oiseau dans une assiette, sur un essuie-tout … il se laisse faire ! Et quelques temps après, il vient se poser sur mes pieds, cherchant un peu de chaleur ? Finalement, dans un ultime effort, il déploie toutes grandes ses ailes et pousse son dernier soupir … Quelle expérience tout de même !! Est-ce prémonitoire ? La nuit qui suivra sera longue et difficile, à se battre contre le courant afin de s’approcher du continent et conserver la bonne direction qui nous permettra d’entrer dans le port de Richards Bay. Parce que si on arrive trop au sud, impossible avec ce courant de remonter vers le port !

Nous arrivons finalement à l’entrée du port à 5:00h le 6 novembre et c’est à moteur que nous parcourrons les derniers 10 MN, le vent toujours au S.-E. mais avec le courant qui disparaît tranquillement à mesure qu’on approche. Le nombre de cargos qui attendent dans le «stationnement» un peu au sud de l’entrée du port est impressionnant !! Pas trop difficile de manœuvrer dans cet immense port commercial encore fermé aux immenses cargos. Nous sommes heureux de retrouver l’équipage de STW au quai des douanes. Chris et Claire nous aident à nous amarrer à ce gros quai de ciment. Qu’il fait bon s’arrêter et dormir un bon coup après ces dernières heures particulièrement épuisantes !



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