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Traversée des Maldives à l’Île Rodrigues, Maurice

Nous nous étions mentalement préparés à une épreuve … mais quelle épreuve ?

Départ : 5 mai 2019, 6:00h (UTC+5), Gan, Maldives
Arrivée : 16 mai, 17:00h (UTC+4), Port Mathurin, Île Rodrigues
Distance : 1 380 milles nautiques

Depuis le 23 avril 2019, nous sommes ancrés à Gan, île située dans l’atoll le plus au sud des Maldives. Nous nous préparons au départ vers l’ Île Rodrigues, qui fait partie de la république de Maurice. Mais contrairement à plusieurs navigateurs qui font cette route, nous avions décidé de ne pas nous arrêter dans l’archipel des Chagos. Toutes les longues et fastidieuses démarches ainsi que les nombreux documents requis nous ont enlevé l’envie d’y séjourner, malgré le fait que cet arrêt coupe de moitié le trajet de Gan à Rodrigues ou Maurice, et malgré sa réputation de séjour inoubliable et incontournable lors d’une circumnavigation à la voile. Nous aurons donc plus de 10 jours de traversée à faire dans l’océan Indien, lequel peut devenir hautement exigeant, selon les guides et récits consultés. Comme à l’habitude à l’approche d’une traversée, Claude consulte régulièrement les prévisions météo ainsi que le planificateur de route Fast Sea, afin de choisir le moment «idéal» pour profiter d’une traversée la plus agréable possible, le délai du visa octroyé aux Maldives nous permettant de prendre tout notre temps . Mais déjà le 5 mai semble une fenêtre intéressante, avec les 4 ou 5 premiers jours sans trop de vent et les autres jours intéressants mais nécessairement trop lointains pour une prévision météo fiable.

Plusieurs bateaux sont à l’ancrage avec nous mais la plupart arrêteront aux Chagos. Nous sommes donc les seuls à lever l’ancre en ce matin du 5 mai. Cette première journée sera ensoleillée et sans vent, donc à moteur, ce qui nous permet d’observer le bleu profond (magnifique !) de l’eau. Un vent E.-N.-E de 7-8 KN ainsi qu’un bon courant nous permettent d’arrêter le moteur vers 1:00 h dans la nuit du 6. Nous parcourons 140 MN lors de cette première journée et en profitons pour remettre en marche le système d’identification automatique AIS, qu’on ne peut utiliser aux Maldives.

5 mai, 6:00h, direction Port Mathurin

Le courant nous pousse vers l’ouest et nous devons corriger le cap afin de suivre la route planifiée. Comme le vent tourne au S.-E. à 15 KN durant la nuit du 7 mai, nous serons de plus en plus au près avec le cap que nous avons pris qui nous permettrait de passer à l’est de l’Île de Diego Garcia, archipel des Chagos, comme notre planificateur de route le suggère. Mais le vent diminue autour de 5 KN et malgré toutes les voiles déployées, et parfois avec le moteur, nous arrivons difficilement à conserver notre route, et le bateau dérive de plus en plus à l’ouest. Nous n’avançons que de 94 MN durant ce second jour.

C’est au cours de cette seconde journée que nous aurons le plaisir de pêcher … un oiseau qui s’est pris une aile dans notre fil ! C’est un jeune fou qui ne se débat plus lorsqu’il réalise qu’on tente de déprendre son aile enroulée dans le fil … quelle histoire !

Il faudra aussi se battre toute la journée du 8 mai afin de garder notre route qui passe à l’est de Diego Garcia. Les vagues mixées se mettent de la partie, ce qui ne nous facilite pas les choses. Finalement, en fin de soirée, Claude trouve le bon ajustement voile/angle de dérive qui nous permet de naviguer correctement. La nuit est magnifique et nous pouvons observer beaucoup d’étoiles filantes. Cette journée se soldera par 103 MN parcourus.

L’effet du courant sur le trajet de C.Coquin … pas simple !

Et il en sera ainsi durant les 5 jours suivants. Peu ou pas de vent, le plus souvent au S.-E. mais pouvant aller franc Est jusqu’à franc Sud, rarement de plus de 12 KN, plus souvent faible que fort, et un courant variable en force mais nous portant toujours vers l’ouest alors que nous tentons de demeurer direction Sud. Le défi ne sera finalement pas celui que nous escomptions, soit affronter de gros vents ou grains, mais il sera plutôt d’aller au bout de notre patience et de notre impuissance à obtenir de C.Coquin un comportement satisfaisant ! Ceci nous procura une panoplie de conditions de voile, allant de moments parfaits, un petit vent de 8 KN nous permettant de glisser littéralement sur l’eau et atteindre une vitesse de 7 KN, en alternance avec des moments d’exaspération totale où avec un vent de plus de 12 KN au travers, toutes voiles sorties, C.Coquin avance à un maigre 2,5 KN de vitesse !! Et toutes les conditions entre ces deux extrêmes, nous obligeant à ajuster constamment et la direction et les voiles. Pour finalement parcourir 910 MN depuis notre départ, avec 43 heures de moteur sur les 192 heures de navigation effectuées.

Les trois derniers jours seront par contre plus faciles en terme de milles parcourus, mais moins agréables au point de vue navigation à cause de l’utilisation du moteur. En effet, au début le vent souffle de l’Est, parfois N.-E. nous procurant un beau travers, la mer est calme, et le courant est de moins en moins contraignant, tout ça nous permet de laisser les voiles un peu plus longtemps avant qu’elles ne se mettent à battre à cause du manque de vent et qu’on ait recours au moteur pour parcourir les derniers milles nautiques. Nous profitons aussi d’un temps beaucoup plus frais et dans l’ensemble ensoleillé.

Le 16 mai, à quelques heures de l’arrivée, l’alarme stridente de la jauge de température du moteur retentit … elle indique une température à plus de 200˚C !!!! On arrête tout … la courroie de refroidissement s’est désintégrée !! Il ne faut que 30 petites minutes à Claude pour en installer une neuve et hop, on repart !

Le port d’entrée de l’île Rodrigues est situé à Port Mathurin, et est ouvert de 9:00h à 16:00h. On ne peut s’engager dans le canal et pénétrer à l’intérieur du port que dans cet intervalle. Il est demandé de s’annoncer et de s’identifier à environ 10 MN de l’arrivée, ce que nous faisons à 15:30h. Nous arrivons à l’entrée à 17:00h et comme prévu, les gardes-côtes nous confirment qu’il faudra attendre au lendemain avant d’entrer au port. Nous jetons l’ancre tout près de l’entrée dans environ 6m, et fêtons notre arrivée avec un risotto d’agneau. La nuit qui suivra sera d’une tranquillité exceptionnelle !

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